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L'internet des objets (IoT) est la nouvelle tendance la plus prometteuse du secteur médical. Ces appareils connectés à internet, tels que les technologies vestimentaires, implants, capteurs cutanés, outils de surveillance domestique et applications de santé mobile, se répandent de plus en plus rapidement. Ils sont capables d'établir un contact direct et permanent entre le patient et son soignant, en profitant des avantages de l'analyse des mégadonnées (Big Data).


L'agence américaine Federal Trade Commission (FTC) estime que 50 milliards d'appareils, allant des réfrigérateurs aux voitures, caméras et pompes à perfusion, entre autres, seront connectés à internet d'ici 2020. Pour sa part, le centre de recherches et d'analyses Tractica a publié un rapport dans lequel il affirme que le secteur des technologies vestimentaires devrait enregistrer 97,6 millions de ventes annuelles  de gadgets par an d'ici 2021.

Parallèlement, les patients adoptent de plus en plus d'appareils connectés, alors que les développeurs de technologies de l'information sont constamment à la recherche de nouveaux moyens pour recueillir, analyser et transmettre les données relatives à la santé des patients. L'internet des objets connaît donc un grand succès dans le secteur médical, sachant qu'il peut offrir aux cliniciens un accès sans précédent aux routines et choix quotidiens des patients.

Par exemple, si le médecin se rend compte que son patient atteint d'une maladie cardiaque ne suit pas ses conseils, il peut immédiatement le convoquer. D'autre part, si l'appareil de surveillance du taux de glucose dans le sang chez une personne diabétique envoie des alertes successives au soignant, celui-ci est capable de prendre les mesures nécessaires avant qu'il ne soit trop tard. Il pourrait dans ce cas organiser des séances éducatives pour guider le patient dans ses choix alimentaires.

Qu'elles le veuillent ou pas, les entreprises et organisations du secteur médical suivront tôt ou tard cette tendance. Les traqueurs d'activité physique portables et les applications de surveillance des habitudes de sommeil ne seront que le début de ce qui nous attend. Il faut donc se préparer à accueillir des objets connectés plus sophistiqués dans le domaine de la santé tels que les patchs cutanés, les lentilles de contact, les appareils implantables, les caméras minuscules et les nanorobots qui peuvent être avalés comme n'importe quel comprimé.

Une étude menée par le centre de recherche Grand View Research prévoit que le secteur médical investisse, en 2022, près de 410 milliards de dollars dans les appareils, logiciels et services de type IoT, contre seulement 58,9 milliards de dollars en 2014. Le site webBI Intelligence, quant à lui, estime que 73 millions d'objets connectés seront utilisés cette année dans le secteur médical à travers le monde, un chiffre qui devrait s'élever à 161 millions d'installations en 2020.

D'après le rapport publié par Grand View Research, l'adoption croissante d'objets connectés par le secteur médical sera tirée par un grand nombre de facteurs qui comprennent : le nombre de personnes âgées qui devient de plus en plus important grâce au prolongement de l'espérance de vie, l'augmentation  des atteintes par le diabète et l'obésité, ainsi que la demande grandissante en matière de solutions de surveillance des activités physiques. Les objets connectés peuvent permettre de rassembler davantage de données sur l'état des malades, afin d'améliorer leur surveillance et d'analyser les informations pour trouver de meilleurs traitements à leurs maladies.

Aujourd'hui, selon le rapport, la plupart des objets connectés utilisés dans le domaine médical sont des technologies vestimentaires. Toutefois, les experts ayant travaillé sur cette étude prévoient une croissance importante de l'utilisation des appareils médicaux implantables dans l'avenir proche. Nous parlons dans ce cas de stimulateurs cardiaques, capteurs implantés ou n'importe quel autre organe artificiel greffé qui permet de surveiller la santé du malade ou de le soigner en temps réel.

 

Un "" pancréas artificiel "" pour sauver les diabétiques

 

Un "" pancréas artificiel "", actuellement testé par 45 malades dans neuf hôpitaux en France, est capable d'injecter à leur place, en temps réel, la bonne dose d'insuline, calculée par un smartphone via un algorithme très complexe.

Le système testé, baptisé Diabeloop, associe trois appareils reliés entre eux par Bluetooth, à savoir : une pompe à insuline et un capteur de glycémie, placés sur la peau, tous deux déjà couramment utilisés par des millions de malades dans le monde, et un téléphone Android équipé d'une application spécifique. A terme, le téléphone pourra transmettre en permanence les données du patient à un centre de télémédecine.

Ainsi équipés, les diabétiques de type 1 (insulino-dépendants) n'ont plus à se livrer à de savants calculs pour déterminer leur dose d'insuline - qui varie beaucoup en fonction des repas, de l'activité physique, du stress, ou des heures de la journée. Ils sont aussi davantage à l'abri de crises d'hypo ou d'hyperglycémie (manque ou excès de sucre dans le sang).

Le logiciel repose sur un algorithme "" hyper complexe, de 13 équations à 13 inconnues "", détaille Sylvain Rousson, l'un des ingénieurs qui l'a développé. "" L'idée, c'est de calculer en permanence, et par anticipation, le taux de sucre que le patient aura dans deux heures, afin de déterminer de quelle quantité d'insuline il a besoin tout de suite "", ajoute le développeur.

Le logiciel est en outre capable de s'améliorer lui-même: au fil des jours, il affine ses calculs pour mieux s'adapter au patient et parvenir ainsi à un meilleur résultat.

"" On n'a plus besoin de penser, de s'inquiéter si on va être en hypo ou en hyperglycémie "", résume Marie-Claude Lehmann, l'une des 45 "" cobayes "" ayant testé le dispositif. Pendant deux fois trois jours, cette patiente de 45 ans, diabétique depuis 16 ans, a été hospitalisée à Strasbourg dans le cadre d'un protocole de test, avec pour consigne de réduire son activité physique, le temps de l'expérience. Ailleurs en France, d'autres cobayes devaient au contraire tester le système en faisant du sport, d'autres encore ont eu droit à des repas gastronomiques.

Dans tous les cas, le patient délègue à l'appareil l'essentiel de la gestion de sa maladie. Il doit seulement préciser au logiciel quelle quantité de glucides il a consommée, ainsi que son activité physique. "" Ça me libère de mon anxiété, notamment la nuit où j'ai toujours peur de faire un malaise, par manque de sucre "", raconte Mme Lehmann.

Le logiciel, qui donne "" de relativement bons résultats "", va "" changer la vie des patients, en diminuant leurs contraintes "", résume le Pr Nathalie Jeandidier, diabétologue aux hôpitaux universitaires de Strasbourg. Il sera prochainement testé pendant trois mois, à domicile cette fois, par un nouveau groupe de 100 malades.

A l'échelle de la planète, qui compte 25 millions de diabétiques insulino-dépendants, plus de 15 équipes de recherche travaillent sur des projets de modélisation mathématique plus ou moins similaires, précise le Dr Guillaume Charpentier, président de Diabeloop, startup basée à Grenoble qui a jusqu'à présent bénéficié de deux millions d'euros de financements publics.

"" Notre projet, démarré en 2011, est le seul de ce type en France. Nous espérons pouvoir commercialiser le dispositif fin 2017, et obtenir son remboursement par la sécurité sociale en 2018 ou 2019 "", ajoute le diabétologue. Pour ce faire, il faudra démontrer que le logiciel est non seulement fiable mais qu'en plus il permet aux malades de mieux gérer leur glycémie qu'avec les équipements actuels.

"" La cible prioritaire, ce sont les 50 pour cent de patients qui, malgré tous leurs efforts, n'arrivent pas à bien réguler leur taux de glycémie, et s'exposent ainsi à des complications "", selon le Dr Charpentier.

Certains des cobayes ayant essayé le logiciel sont justement dans ce cas. "" L'un d'eux est diabétique depuis 50 ans, et il était surpris de constater qu'une machine qui ne le connaissait pas arrivait à mieux gérer sa maladie que lui-même, qui est pourtant habitué à la gérer tous les jours depuis si longtemps! "", s'enthousiasme l'ingénieur Sylvain Rousson.

 

Une opportunité à ne pas manquer

 

Tout comme Diabeloop, plusieurs entreprises et startups s'intéressent déjà aux cas d'utilisation des objets connectés dans le domaine de la médecine et essaient de développer des appareils capables de révolutionner le secteur et de faciliter la vie des patients.  Toutefois, d'après le rapport de Grand View Research, le segment des logiciels et services de type IoT relatifs à la santé reste dominé par quelques grandes firmes telles que Microsoft, Cisco et IBM. Cela signifie que ces entreprises-là récoltent la plus grande part des profits de l'investissement total du secteur médical dans l'internet des objets.

Dans le cadre des soins médicaux, l'internet des objets est capable de réduire les coûts, d'améliorer le taux d'engagement des patients et d'aboutir à de meilleurs résultats. Toutefois, cela ne sera possible que si les fournisseurs de soins médicaux orientent leurs organisations vers l'utilisation des données générées par les patients et surtout vers l'acceptation de cette nouvelle tendance. Les développeurs d'objets connectés liés à la santé et aux soins médicaux devraient également trouver les bons moyens pour gérer, trier et transmettre ces données de façon logique et utile.

Alors que le marché de l'internet des objets croît à très grande vitesse et que les consommateurs sont de plus en plus enthousiastes vis-à-vis du potentiel de ces nouvelles technologies, les organisations devraient rapidement mettre en place les stratégies et développer les compétences nécessaires pour profiter à fond des opportunités de cette nouvelle tendance.

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