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C'est l'année 2050 et vous êtes au centre du monde. Du contenu du frigo à la température du salon, des assistants numériques assurent la bonne marche de la maison. Les écrans diffusent les émissions que vous voulez voir dès que vous entrez dans la pièce. Votre voiture n'a pas de chauffeur et votre barman préféré est peut-être un androïde.

Les prédictions sur un avenir modelé par l'intelligence artificielle (IA) sont légion. Mais Antoine Blondeau, qui a contribué au développement de la technologie ayant débouché sur la saisie intuitive et Siri, l'assistant vocal d'Apple, sait plus que d'autres de quoi il parle.

« Dans 30 ans, le monde sera très différent », dit-il. « Tout sera conçu pour satisfaire vos besoins personnels ». Le travail tel que nous le connaissons sera obsolète, d'après le co-fondateur de Sentient Technologies, plate-forme spécialisée dans l'IA.

Les progrès de la robotique sensorielle et visuelle auront permis la création d'usines intelligentes qui prendront des décisions en temps réel. Elles n'auront pas besoin d'ouvriers, que de superviseurs. Les professions juridiques, le journalisme, la comptabilité et la vente au détail seront rationalisées, l'IA abattant le travail ingrat.

La santé sera aussi bouleversée, juge-t-il. Les particuliers disposeront de toutes leurs données sanitaires et l'Intelligence Artificielle pourra émettre des diagnostics.

Il y a des pionniers : l'assistant virtuel Alexa d'Amazon et Google Home sont de facto des majordomes numériques qui peuvent aussi bien commander une pizza que des appareils électroménagers. Samsung travaille sur des réfrigérateurs intelligents qui pourraient commander les courses et envoyer des messages aux autres membres de la famille.

Des robots-journalistes, en réalité des algorithmes programmés pour transformer des données en textes, rédigent déjà des articles simples dans les domaines économique ou sportif.

Sentient a utilisé avec succès des traders virtuels sur les marchés financiers. En partenariat avec l'américain Shoes.com, elle a créé un vendeur virtuel interactif capable d'évaluer ce qui vous plaît et ce qui vous déplaît comme une vraie personne.

Sentient a aussi travaillé avec l'université américaine MIT pour mettre au point une « infirmière IA ». Lors d'essais portant sur les données relatives à la tension artérielle de milliers de patients, elle  a été  capable d'identifier, à plus de 90%, ceux qui développent un sepsis, affection susceptible d'être mortelle, 30 minutes avant l'apparition de symptômes visibles. « C'est une fenêtre cruciale qui fournit aux médecins un délai supplémentaire pour sauver des vies », ajoute Blondeau.

Il concède que ces concepts puissent avoir du mal à passer dans l'opinion. Il y a les « régulations mais aussi le fait que les gens croient intrinsèquement pouvoir faire confiance à leur médecin. Feront-ils confiance à la machine? »

La perspective d'un chômage de masse provoqué par la généralisation de l'IA semble terrifiante, mais Antoine Blondeau est pragmatique : il faut tout simplement envisager autrement carrière et éducation.

« Le temps où l'on sortait du système éducatif à 16, 21 ou 24 ans et point barre, c'est terminé. Les gens devront se reformer et acquérir de nouvelles compétences pour accompagner l'évolution technologique. »

Les ordinateurs surpassent déjà les humains dans certaines tâches spécifiques comme le jeu de go ou les échecs. Certains experts estiment que l'intelligence artificielle généralisée (AGI), c'est-à-dire des programmes informatiques qui seront aussi compétents qu'un adulte dans des domaines multiples, sera d'actualité avant la fin du siècle, voire dès 2030.

Les grands spécialistes du secteur se divisent sur la possibilité que l'IA surpasse l'homme un jour. Le fondateur de Microsoft Bill Gates, le physicien britannique Stephen Hawking et l'entrepreneur anticonformiste Elon Musk ont tous prévenu qu'une intelligence artificielle sans limites pourrait sonner le glas de l'humanité.

 Lors d’une conférence donnée devant les gouverneurs aux États-Unis, Elon Musk  a estimé que « l'intelligence artificielle était la plus grande menace pour notre civilisation », ajoutant que les « gens devraient être très inquiets ».

Il a alors plaidé pour l'introduction d'une « régulation » préventive de l'intelligence artificielle, citant des dangers comme « des robots tuant des gens dans la rue » ou « déclenchant des guerres en manipulant l'information ».

Ces propos sont « irresponsables », aux dires du patron de Facebook, interrogé par un internaute lors d'un direct sur le réseau social.   A ce sujet, « je suis optimiste », a-t-il ajouté.

Selon lui, « dans les 5 ou 10 ans à venir, l'intelligence artificielle permettra d'apporter des améliorations dans nos vies », citant la santé ou la conduite autonome.

Ces propos ont généré une réaction cinglante d'Elon Musk sur Twitter qui a écrit : « sa compréhension du sujet est limitée ».

Les géants de la Silicon Valley investissent tous massivement dans l'intelligence artificielle, y compris les entreprises détenues par Elon Musk et Mark Zuckerberg. Facebook l’utilise notamment  pour évacuer les contenus problématiques sur le réseau social et emploie des ingénieurs spécialisés pour travailler à des projets futuristes, comme la communication par la pensée.

Ce n'est pas la première fois qu'Elon Musk émet des doutes sur développements tous azimuts de l'intelligence artificielle par crainte qu'elle ne se retourne contre les hommes. Il a ainsi participé à la création d'un cabinet de recherche pour développer une intelligence artificielle « humaine ». Fin mars, il a annoncé la création d'une nouvelle société, appelée Neuralink, dédiée à ce projet d'interface cerveau-ordinateur.

 

 

Antoine Blondeau est optimiste quant à lui, relevant que la technologie nucléaire aurait pu conduire à l'apocalypse. « Comme toute invention, elle peut servir au bien et au mal. Alors, nous devons imposer des garde-fous. »

 

 

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