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Célébrant cette année son 40ème anniversaire, Detecon, la société de conseils en gestion de Deutsche Telekom Group, apporte son assistance à des clients nationaux et internationaux dont de nombreuses entreprises de télécommunications et ce  par le processus de la transformation numérique. Dans une entrevue accordée à Telecom Review, Peter Krüssel et Falk Schröder, partenaires-gérant chez Detecon International, ont expliqué comment ils aident les entreprises à améliorer leur performance et s’approcher de plus en plus de la numérisation et du déploiement de la 5G.

Comment Detecon aide-t-elle les entreprises à améliorer leurs performances ?

Krüssel : nous conseillons les entreprises de télécommunications sur les défis principaux auxquels elles font face, et qui sont, en principe, au nombre de quatre.

Tout d’abord, le trafic de données augmente, parfois d’une manière exponentielle. Ceci mène à plus de volatilité du trafic sur les réseaux, accroit la pression sur eux et affecte la qualité du service offert aux clients. Les entreprises de télécommunications essayent de surmonter ce défi en déployant de nouvelles technologies et en augmentant leur capacité et la couverture du réseau. Cette question ne se limite pas à l’aspect technologique. En effet, celle du volume des données affecte aussi la compétition entre les opérateurs de télécommunications. Seuls les opérateurs de réseaux fixes et mobiles à la fois pourront répondre aux demandes futures. A l’avenir, les opérateurs de réseau mobile uniquement pourront difficilement  contenir le volume de trafic, les exigences de qualité et les demandes sophistiquées tout en préservant le niveau de qualité requis. Detecon apporte son assistance durant la phase d’élaboration des stratégies de positionnement du marché adéquates pour l’élaboration de la bonne stratégie d’expansion du réseau et pour la sélection des bonnes technologies et architectures.

Le deuxième défi est la compétition imposée par l’émergence des fournisseurs de services « over-the-top » ou OTT. Les opérateurs ont encouru d’énormes pertes de revenus provenant des services, qui ne sont pas transférés vers d’autres domaines mais qui ont simplement disparu. En général, les OTT offrent ces services gratuitement et refinancent  leurs opérations à travers les modèles d’affaires centrés sur les données. Toutefois, outre la perte des revenus des services, dont ceux de la messagerie et la voix, il existe aussi la menace de pertes de revenus au niveau de ce qui est actuellement le business principal ou l’atout : l’accès et la connectivité. Même maintenant, les OTT offrent ces services sur le marché, tels que Google Fi aux Etats-Unis ou les activités d’Amazon en tant que revendeur de service mobile en Allemagne.

Les entreprises de télécommunications risquent de perdre le titre de fournisseurs de services indépendants et, tôt ou tard, elles risquent de perdre leur contact avec les clients finaux. Si cela arrive, elles ne seront que de simples entreprises de transmission de données, des grossistes et des fournisseurs pour les OTT. Nous intervenons dans cette situation pour conseiller les entreprises de télécommunications durant l’élaboration de contre-stratégies appropriées et le renforcement de leurs relations avec les clients.

Troisièmement, la chute des prix des services essentiels fournis par les entreprises de télécommunications, tels que l’accès à l’internet et la voix, continue à dominer les marchés. L’accès est considéré comme un produit alors que le service est offert aux clients finaux gratuitement par les OTT. Les entreprises de télécommunications font face à un problème à double tranchant. D’une part, elles doivent investir d’énormes sommes d’argent dans leurs réseaux pour soutenir le trafic qui augmente exponentiellement, et d’autre part, elles souffrent de la diminution des revenus. Detecon soutient ses clients entreprises en les aidant à sécuriser des gains à travers des services et produits novateurs, des stratégies et des modèles monétaires intelligents et spécifiques.

Quatrièmement, les entreprises de télécommunications  doivent faire face aux restrictions imposées par les régulations. Les OTT profitent de la situation parce qu’ils ne sont pas soumis aux mêmes régulations imposées aux entreprises de télécommunications même s’ils offrent des services similaires. Le but ultime est de s’assurer que les services tels que ceux de la voix et la messagerie sont sujet à des exigences de régulations identiques sans tenir compte du fournisseur, que ce soit une entreprise de télécommunications ou un OTT.

A vote avis, quels types de modèles d’affaires les entreprises doivent-elles adopter afin d’atteindre le but de la numérisation ?

Krüssel : la numérisation est à la fois un défi et une opportunité pour les entreprises de télécommunications. En effet, elle augmente le niveau de compétition et est, en même temps, source de solutions aux défis susmentionnés. Une chose est certaine : la numérisation réduit significativement les obstacles liés à l’entrée aux marchés. Par exemple, dans le secteur financier, les banques souffrent  de la compétition avec des services tels que ApplePay ou Bitcoin. Dans le secteur du voyage, des fournisseurs tels que Airbnb ont secoué le secteur hôtelier. Les entreprises de télécommunications traditionnelles se sont trouvées face à de nouveaux rivaux tels que Apple  FaceTime, WhatsApp ou Skype.

Comment les entreprises de télécommunications doivent-elles répondre à la menace des OTT ? Elles peuvent imiter les modèles d’affaires, méthodes de production et meilleures pratiques adoptés par ces derniers dans la mise en place d’interfaces numériques offertes aux clients. Par exemple, les OTT offrent en général leurs services de quelques centres internationaux, et parfois d’un seul, desquels ils servent leurs clients partout dans le monde. Cette approche des nouveaux services basée sur une plate-forme est très avantageuse parce qu’elle permet de réaliser l’objectif escompté rapidement et normalement, le résultat final sera le suivant : le gagnant remporte tout. Quelques services OTT ont plus ou moins un monopole mondial.

Toutefois, les entreprises de télécommunications doivent numériser leurs opérations afin de devenir plus efficaces et augmenter leurs revenus et donc profiter du potentiel de la numérisation. Ceci les place face à un dilemme. Alors qu’elles se concentrent sur leur propre numérisation, elles doivent en même temps faire face aux pressions du marché et fournir la plate-forme nécessaire à la numérisation des autres industries, ce qui n’est pas une tâche aisée.  En outre, la numérisation affecte toutes les étapes à valeur ajoutée, partant de la technologie et arrivant à la TI, et des processus aux marketing, ventes et services. Donc, les entreprises de télécommunications doivent tenir compte de toutes les interfaces : aux clients, aux partenaires et à l’intérieur ; un défi colossal et complexe.

Comment le changement du comportement des clients contribue –t-il  au développement du secteur des télécommunications ?

Krüssel : nous observons d’importants changements du comportement des clients qui se reflètent par l’individualisation, l’émotionnalisation, la sécurité, la mobilisation, le confort, la qualité et la numérisation des interfaces des clients. Ces éléments poussent le sujet de « segment of one » et la personnalisation des services au premier rang. Les clients s’attendent à ce que les entreprises les connaissent bien et les aident à se redresser.

En résumé, ils s’attendent à une expérience client harmonieuse à travers toutes les chaînes en ligne et hors ligne. En outre, le sujet de la mobilité revêt de plus en plus une grande importance. A l’avenir, il y aura de nouveaux points de contact avec les clients à cause de l’internet des objets et la connectivité omniprésente de tous les types de dispositifs. Un exemple qui illustre cette démonstration, ce  sont les  touches d’ordre pour la consommation des biens qu’on trouvera sur les produits de consommation, que ce soit les réfrigérateurs, les aspirateurs, ou les machines à laver. Ceci va simplifier ou raccourcir le parcours du client ou le processus de décider quoi acheter, et va satisfaire le désire du confort. Les clients n’auront pas besoin d’accéder aux magasins sur le web et de sélectionner le nom du détaillant ou le produit ou comparer les prix. Le magasin désigné fera tout cela automatiquement. Il saura quel détergent est utilisé, comparera les prix et achètera le produit moins cher. Les clients n’auront plus besoin d’un panier d’achat dans un magasin en ligne ou d’un compte en ligne. Ils auront juste à cliquer sur  une  touche  et le produit sera livré.  

Les entreprises de télécommunications doivent exploiter davantage leurs points forts face à la compétition avec les OTT. Auparavant  elles pensaient qu’elles pouvaient toujours revenir à leurs activités de base  en  cas d’échecs, indépendamment du niveau de la compétition. Elles avaient un havre de paix qui est l’accès au réseau. Bientôt, même les OTT seront capables eux-mêmes de stimuler l’accès au réseau à travers ce qu’on appelle la revente ou les accords MVNO, l’eSIM, ou à l’avenir, la technologie du slicing du réseau.

Que signifie ceci ? L’opérateur de réseau ne sera plus visible aux clients. A Detecon, nous appelons ceci « la dominance du grand acteur OTT ». Du point de vue des entreprises de télécommunications, c’est le pire des cas. Les opérateurs doivent se concentrer sur de nouveaux objectifs. Ils doivent renforcer leur présence aux yeux des clients parce qu’ils ne pourront plus utiliser uniquement le réseau ou l’accès pour atteindre leur but. Qu’ils le veuillent ou  pas, ils doivent préserver leur présence en offrant des services que les OTT ne peuvent pas offrir. Par exemple, ils peuvent gagner du terrain en exploitant les domaines de la sécurité, la protection de la vie privée, les services de maison intelligente, le contenu local et les services clients. Beaucoup de clients font confiances aux acteurs nationaux et aux législations nationales quand ils tiennent compte de ces points. 

Quels sont les défis auxquels vous faites face quant aux déploiements de réseau au niveau des différentes bandes de fréquence ?

Schröder : la 5G requiert un réseau maillé d’antennes radio parce que, durant au moins la première phase, elle opère dans les bandes les plus élevées ; un ensemble de fréquence qui nécessite plus de sites d’antennes pour garantir une couverture complète. Alors que nous opérions jusqu’à lors à des distances de centaines de mètres, à l’avenir, les distances doivent être plus courtes. Nous estimons une densité de réseau qui est inférieure à 100 mètres. Donc une question se pose : comment un opérateur pourrait-il créer un tel réseau maillé ? Ça ne sera pas possible sans le soutien des politiciens, villes et communautés. Même aujourd’hui, il est difficile de trouver des emplacements adéquats pour les antennes. Parmi les défis auxquels nous faisons face, nous citons la résistance des citoyens et les obstacles techniques. En effet, chaque antenne doit avoir une connexion électrique et doit être, idéalement, connectée au réseau fixe par la fibre optique. Comment puis-je transporter une grande quantité de données vers l’antenne ? Si on opte pour le déploiement des câbles de fibre optique partout, les coûts seront exorbitants. Nous ne pouvons rien réaliser sans des partenaires.

En outre, la synchronisation au sein du réseau des antennes doit être excellente afin d’éviter l’interférence des fréquences radio et de garantir la qualité de réseau requise. Ceci peut se réaliser en ayant recours aux nouvelles méthodes techniques qui sont extrêmement automatisées. Donc, le déploiement du réseau doit être lent. Les entreprises de télécommunications doivent se concentrer tout d’abord sur les villes et définir une séquence précise de l’ordre selon lequel les centres seront prêts. Puis, un taux de téléchargement très élevé sera disponible aux clients dans les villes, alors que la LTE restera le réseau mobile standard dans les régions rurales pour une période d’au moins cinq à dix ans. Au moment où des bandes de fréquences plus inférieures seront allouées, la 5G sera déployée à faibles coûts dans les régions rurales aussi à cause des faibles exigences de plus d’emplacements des antennes.

Enfin, les entreprises de télécommunications doivent être capables d’opérer un réseau de bout en bout afin de tester automatiquement les nouvelles fonctions et réactiver les anciens services. Donc, il existe différentes exigences qui ne peuvent être remplies tout de suite par n’importe quel opérateur.

Quelles sont les dernières tendances au niveau du développement de la 5G ?

Schröder : il faut noter que la 5G n’est pas une simple extension du réseau. Ce n’est pas uniquement une norme du réseau mobile qui nous permet de progresser rapidement. La  5ème génération  pave la voie à une architecture qui peut être adaptée aux besoins des clients avec une grande flexibilité. Tout est basé sur le logiciel et donc les nouvelles applications peuvent être intégrées rapidement tels que les services de la NB-IoT ayant un faible volume de données d’un coin profond du sous-sol d’une maison vers les applications à charge lourde comme celles des réalités virtuelle et augmentée. Toutes ces exigences qui sont caractérisées par leur diversité peuvent être présentes dans un seul réseau. C’est ce qui est nouveau dans la 5G.

Que signifie ceci du point de vue des entreprises de télécoms ? L’opérateur ne vendra plus une carte SIM générale pour voix et data ; sa vente sera spécifique au domaine d’utilisation et à la durée de latence souhaitée. Les entreprises de télécoms doivent comprendre ceci et fixer leurs prix afin de proposer aux clients des tarifs raisonnables. Elles ne pourront pas offrir à chaque client une latence inférieure à une milliseconde parce que ceci signifiera qu’il y a un serveur edge sur chaque antenne. Ceci est très cher et impossible à réaliser d’un point de vue sécuritaire.

D’autre part, le slicing du réseau est une notion très intéressante. En utilisant la 5G, un fournisseur de télécommunications peut offrir des capacités de réseau spécifiques et la capacité correspondante à ses clients par des tranches. Ceux-ci peuvent utiliser les ressources du réseau réservées pour eux pour des besoins spécifiques et pour leurs propres applications ainsi que les caractéristiques du service qui se manifesteront en utilisant ces ressources qui sont regroupées en ce qu’on appelle des tranches. En ayant recours aux interfaces normalisées, les clients peuvent gérer eux-mêmes les tranches à un certain degré. Donc, il y aura des tranches pour différents services, pour la NB-IoT, pour les utilisateurs de service ayant des taux de données correspondantes (par exemple, les voitures autonomes) ou pour les applications RV/RA. Etant donné que les applications attendues sont nombreuses et diversifiées, il faut les connecter à un réseau automatique et les manipuler avec flexibilité durant le cycle de vie opérationnel. Voilà pourquoi, les demandes sur l’automatisation et la fiabilité de l’opération du réseau sont élevées.

Comment la 5G NR changera l’avenir ?

Schröder : tout d’abord, nous devons comprendre ce que les clients veulent. Observons le secteur automobile. Le client futur ne sera plus John Doe qui conduit une certaine voiture et utilise certains services pour son véhicule. Les fabricants automobiles eux-mêmes seront les clients qui équiperont leur flotte de certaines fonctions (divertissement, mais aussi cartes numériques à demande), tels qu’un eSIM, afin de soutenir certaines opérations dans la voiture. Ces dernières seront de petits centres de données qui n’appartiennent plus à l’opérateur.

Les entreprises de télécommunications doivent se demander d’où elles doivent apporter l’argent pour offrir ces services parce qu’elles  doivent garantir ces applications avec un certain niveau de qualité. Ceci changera les modèles d’affaires parce que le fournisseur doit connaître quel service de valeur ajoutée il apporte et combien il coûte. Ceci requiert une analyse de bout en bout et une nouvelle approche. Il n’est pas facile de comprendre comment ceci se réalisera en fin de compte. Nous devons assimiler tout d’abord le modèle d’affaires et nous ne l’avons pas assimilé encore.

 

 

 

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